Arrivant au sommet de la petit côte, je tourne mon regard vers l’ouest, la plaine large habitée.
Le soleil se couche et avale langoureusement les façades, les arbres, les lacs et les collines. Le monde ici se prépare comme chaque soir à rompre une étreinte quotidienne, à décoller son enveloppe des rayons chauds du soleil.
La lumière frappe l’intérieur de mes globes oculaires et mon visage est soumis à une modification conséquente dans l’emploi de ses muscles; une contraction finement ajustée dans le contour des yeux, une compression des narines vers le haut accompagnée d’un rictus de la bouche. Tout pourrait, d’un point de vue externe, s’apparenter à un sourire mais le mouvement est en réalité guidé plutôt par la nécessité d’obstruer les pupilles que par la joie simple d’un bonheur animal. Si la déformation forcée de ma face brillante n’est pas la conséquence de la joie, elle s’harmonise à l'instant avec un sentiment naissant d’une grande satisfaction. Le corps et l’esprit, soumis au spectacle grandiose d’un soleil s’allongeant sur une vallée, peuvent puiser dans cette vue une paix qui ne s’aperçoit que lorsque l’on se trouve face à un certitude saine et écrasante: celle que nous, qui pouvons être émus devant une chose si normale qu’un coucher de soleil, sommes des passagers bien futiles dans la course du monde.