I. Un gaz sous forme liquide contenu dans un petit étui de plastique est détendu par l’ouverture d’une vanne dont le débit est calibré pour l’émanation d’un filet dont la combustion est suffisante à la production d’une flamme de quelques centimètres de longueur. À la sortie de ce gaz, dans un temps précédent de quelques millisecondes l’ouverture de la vanne, une roulette crantée ferreuse est raclée sur un petit morceau d’acier, générant la fusion instantanée d’éclats de fer venant traverser le filet de gaz. La présence simultanée de butane, d’oxygène et de fer en fusion constitue ce que l’on appel le triangle du feu, et permet l’apparition d’une flamme.
Un opérateur manipulant le briquet, après une vérification rapide et professionnelle de la qualité et de la stabilité de la flamme, étend le bras en direction d’un petit bout de ficelle, excroissance vers le bas d’un tube de carton orienté à la verticale. En moins d’une seconde, la flamme se transmet du briquet à la mèche.
La progression de la flamme le long de la corde est toujours irrégulière, tressaillante, trop souvent à la limite de l’extinction. Si personne ne prenait la peine de les observer, les mèches se consumeraient sans doute plus régulièrement, mais elles opèrent avec facétie ou pudeur quand elles se savent vues.
Le feu qui escalade la mèche atteint bientôt le bas de la chandelle en carton et pénètre dans la chambre scellée d’allumage, à l’intérieur de laquelle est contenu un mélange pulvérisé de souffre, de nitrate de potassium et de charbon de bois. La rencontre de ces éléments en milieu clos provoque une déflagration et l’expulsion de la bombe vers le ciel.

II. En animal, je me blotti dans les troncs. Il y avait, il y a peu de temps encore, une clarté diffuse dans le ciel. La lumière a décrue jusqu’à un instant d’équilibre entre le jour et la nuit, une courte étale de photons au repos. Puis l’obscurité a grandie, et désormais il fait nuit.
Un nombre anormal de corps chauds s’agite au niveau du sol. Il y a aussi beaucoup de bruit.
Un son soudain et gras chasse une masse d’air courte qui brusque mon oreille et les poils sur mon corps. Je m’éjecte et me roule par réflexe sur mon dos dans la mousse contre l’écorce.
La foule de visages est tournée vers le ciel ou de longs fils de flammes coulent du noir vers le sol. Certains ont peur, d’autres sont effrayés. Beaucoup admirent pourtant le spectacle des feux.