Chrysalide
2016

90x220 cm
Sac de couchage, encre de sérigraphie.

Ce matin je me réveille encore. L’air pue et j’ai sué au point que mon corps entier est enroulé dans des tissus moites. J’ai mis quelques secondes à recalibrer mes pensées, à aligner dans le même axe l’espace et le temps, et tout m’a ressurgi dans la gueule. Comme une image floue dont on pressentait qu’elle ne dévoilerai rien de bon, mais qui après la mise au point fait apparaître un macchabée dégueulasse, un cadavre bien mûr, en bon train pour une décomposition totale.

Je suis déjà loin mais je sais qu’autour de moi flotte encore la trace des mains et des machines, les troncs coupés suintent de la sève, des milliers de fourmis piégées agonisent le corps figé dans cette glue végétale. La plupart d’entre elles ne seront même pas bouffées par des prédateurs, l’air se chargera simplement de la lente décomposition de leur carcasse.

La journée a été merdique, je sentais mes orbites brûler à retenir l’eau qui pourrait couler de mes yeux sans interruption. Les muscles de mes cuisses ont travaillés cent ans en dix heures, et si je m’arrête je m’écroule.